Chapitre 7. Le Miroir.

— Garçon !

 

— Oui ?

 

— Encore cent cinquante.

 

— Et avec ?

 

— Du lard. Avec du pain noir.

 

— Compris.

 

Ah…

 

Ça retombe.

 

Une cigarette.

 

Un petit bistrot sans histoire.

La pénombre.

Un coin où l’on peut disparaître.

 

On pourrait rester jusqu’au matin,

personne ne le remarquerait.

 

Parfait.

 

Ils me fatiguent tous…

 

« Viens parler. »

« Confie-toi. »

« Partage. »

 

Le courage.

L’héroïsme.

 

Quel courage, bordel ?

 

Vous avez déjà été surpris par la pluie ?

 

Vraiment ?

 

Trempé jusqu’aux os ?

 

Sans abri.

Sans savoir quand cela finira.

 

Ajoutez à ça :

 

un pied en sang,

 

une valise sans poignée,

 

et quelqu’un qui vous écrit des absurdités comme si c’était important.

 

Ajoutez encore :

 

des blessures invisibles,

 

la sensation permanente d’être dans un viseur,

 

l’impression qu’en une seconde votre cerveau pourrait voler devant vous.

 

Et les missions.

 

Aller tuer.

 

Un homme.

Un général.

Un patron.

 

Peu importe qui.

Peu importe pourquoi.

 

Merde…

 

Un coup.

 

Et c’est fini.

 

Froid.

 

Il ne verra plus ses enfants.

 

N’embrassera plus sa femme.

 

Ne regardera plus le soleil.

 

Merde.

 

— Encore cinquante.

 

Voilà.

 

Pain.

Lard.

 

Ah…

 

Ça fait du bien.

 

Comment tout ça a pu arriver ?

 

C’est pourtant ce que je voulais.

 

Et j’étais doué.

 

Le meilleur.

 

Vue perçante.

Respiration calme.

Main sûre.

 

Les cibles ne m’intéressaient plus.

 

Je voulais du vivant.

 

Pourquoi ?

 

Aucune idée.

 

Mon père…

 

Toujours à parler du passé.

 

La guerre.

Les exploits.

Les compétences.

 

Mais pour moi ?

 

Rien.

 

Ma mère…

 

Pareil.

 

Et pourtant j’avais tellement besoin de…

 

Merde.

 

 

Le reste du chemin se répète jusqu’au miroir, où tout bascule.

 

— Tu n’es pas seul.

 

— Qui est là ?

 

— Je suis là.

 

— Qui es-tu ?

 

— Ton Gardien.

 

 

— Ton Gardien ?

 

— Oui.

 

Regarde-toi.

 

Tu cherches quoi ?

 

Une réponse ?

 

Ou la pièce cassée ?

 

J’ai une bonne nouvelle.

 

Presque tout est cassé.

 

Tu veux parler ?

 

Je t’écoute.

 

 

— Je suis là.

 

— Et alors ?

 

— Je connais le chemin.

 

— Et ?

 

— Mais il ne te plaira pas.

 

Je peux te montrer.

 

Mais le choix t’appartient.

 

Je suis à côté de toi.

 

Pas à ta place.

 

 

— Tes réponses sont juste devant toi.

 

 

— Je ne vois rien.

 

— Si.

 

 

— Il n’y a que…

 

 

un miroir.

 

Et moi.

 

 

— C’est exactement ce dont tu as besoin.

 

 

— Merde…

 

Comme l’entraîneur…

table des matières
  • Сайт
  • Магазин