Milariéll

Conte sur la peur, le courage et le premier souffle.

Oh ! Un chaton… Pauvre petit, si mouillé, tout tremblant de peur. Viens, n’aie pas peur, je vais te réchauffer.

 

Il feule ! Je tends la main, il se hérisse, arque le dos, se blottit dans un coin et veut griffer.

 

Je veux juste aider… Pourquoi tant de griffes ? Tiens, une saucisse…

 

Aïe ! Il m’a griffée !

 

Comment ça ? Je viens avec mon cœur et des saucisses ! Et lui ? Il se bat comme un petit tigre. Rien ne le menace. Avec moi, il serait bien…

 

Je réessaie :

 

Aaa ! Encore ! Il mord !

 

Je suis si déçue. Est-ce donc si difficile d’accepter la bonté ? Colère, chagrin — j’ai envie de pleurer. Ai-je l’air si effrayante, si même les saucisses ne suffisent pas ?

 

Je regarde cette petite créature pitoyable, se défendant contre mon amour… et je ne peux rien faire. Une boule dans la gorge, les larmes me montent aux yeux.

 

— Reste simplement près de lui.

 

— Oh ! Qui êtes-vous ?

 

Elle était paisible. Des yeux bons, un sourire — celui d’une mère au-dessus du berceau où dort un enfant. Derrière elle, des ailes lumineuses. Elle les ouvrit comme un grand parapluie au-dessus de nous — bien utile sous cette fine pluie froide.

 

— Je suis Milariéll, un Ange. La Mentore du Vocation. Je connais le chemin.

 

— Quel chemin ? Je dois aller quelque part ?

 

— Je connais le chemin de la paix et du repos de l’âme. J’aide à comprendre l’appel et à le suivre.

 

— Et ça va calmer le chaton ?

 

— Donner ce qu’on ne demande pas, surtout à celui qui a peur ou colère, ce n’est pas le bon chemin.

 

Elle replia ses ailes. Oh ! La pluie avait cessé. Le soleil n’était pas encore là, mais le ciel devenait clair à travers la brume blanche. Encore un peu — et le monde serait autre.

 

Le chaton ne tremblait plus. Il tendit le cou vers la saucisse, reniflant de son minuscule nez.

 

— Il a très faim, dit Milariéll, mais la peur ne l’a pas encore quitté.

 

— Mais je ne lui fais pas de mal !

 

— Il n’a pas peur de toi. Il a peur des souvenirs, de la douleur, de l’inconnu. Sa colère est un masque : dessous, la peur, l’impuissance, l’incapacité de faire confiance.

 

— Mais je lui ai donné une saucisse !

 

— C’est un geste gentil. Mais vaincre sa peur, aucun homme, aucune saucisse ne le peut. Il doit le faire lui-même — comprendre que tout est différent maintenant, qu’il y a du bien, qu’après la pluie vient le soleil. Et même les saucisses.

 

Nous rîmes ensemble.

 

Regarde ! Le chaton fit un pas prudent, toucha la saucisse du bout du nez, lécha, regarda — on ne lui prenait pas — et se jeta dessus de ses petites dents.

Nous observions avec tendresse chaque morceau disparaître.

 

— C’est ainsi dans le monde des hommes. Parfois tu vois une âme se débattre comme une panthère enfermée. Elle n’accepte rien : ni caresse, ni nourriture. Tout lui semble menace. Alors — griffes, crocs, grimace. Elle paraît être le mal même.

 

— Moi aussi, j’ai eu peur au début. Si petit et tant de rage !

 

— Oui. Le mal a beaucoup de visages. Mais chacun d’eux fut un jour un chaton tremblant, ou le visage d’un enfant sans défense.

 

Milariël se tenait au-dessus de nous, les mains jointes en coupe, les yeux clos.

 

— Parfois l’âme mord par peur : peur d’être vue, d’être vulnérable, faible, sans défense — comme ce chaton. Mais si tu restes près d’elle, sans peur, elle peut apprendre à respirer.

 

— Oui. Il suffisait de rester tranquille à côté de lui — et il s’est apaisé. Petit chou ! Je t’emmène à la maison. Tu vas aimer ça !

 

— Je n’en doute pas. Tu seras un merveilleux soutien pour cette petite vie.

 

— Et vous ?

 

— Moi, je vais poursuivre ma route. Beaucoup ont encore besoin de comprendre comment être, comment choisir leur chemin.

 

Elle leva le visage vers le soleil. Un battement d’ailes — le vent dispersa les flaques. Un autre — et elle disparut dans le ciel. Il ne restait plus aucune trace de pluie.

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