Chapitre Sept. J’y ai presque cru…

Un café chaleureux sur une ruelle étroite d’une ville côtière en hiver — si belle qu’on dirait qu’elle a été créée pour cet instant précis. Des maisons colorées commencent presque au pied des falaises et grimpent la colline comme des pixels irréguliers, entrelacées de buissons en fleurs toujours verts. La mer est claire et calme, le ciel sans nuages. Un parfum vivifiant de café corsé flotte dans l’air.

Tout ici remonte le moral, réconforte.
Peut-on imaginer que toi — né sur une petite île marquée par la pauvreté et les interdits, par le labeur au service du luxe débridé des autres — tu sois aujourd’hui assis au bord du coin le plus splendide et le plus cher de la planète… à attendre une récompense bien méritée ?

Une récompense pour ton talent à séduire, à faire tourner les têtes, à faire oublier le réel.
Et la nature, tout comme tes parents, t’ont doté de tous les atouts d’un séducteur.
Oh oui, quel plaisir, dès l’enfance, de sentir le désir et l’envie brûlante dans les yeux des femmes prêtes à payer pour de l’attention, des flatteries et du plaisir.
D’où te vient ce don ? Quelle importance — tu l’as. Inutile de chercher plus loin.
Ton corps bronzé et athlétique, ton sourire éclatant, ton regard faussement innocent — tout cela fait chanter les pièces et craquer les billets dans tes poches.
Dans un village latin, on ne gagne pas grand-chose. Et dans les beaux quartiers — trop de rivaux. C’était une époque dure, un argent difficile. Tu ne l’oublieras jamais.
Et cela explique pourquoi tu es devenu cynique, froid, professionnel avec celles qui paient.
L’argent n’a pas d’odeur. Et pour lui, tu satisferas tous les caprices d’une femme gâtée. Elle n’est qu’un outil, un moyen d’obtenir ce qu’il faut.
Son apparence, son âge, son statut, ses manières — tout ça est secondaire. Ce qui compte, c’est le prix.
Le prix qu’elle versera pour ton charme, tes mots doux, ton attrait.
Elle paiera le billet, l’hôtel, les repas, t’emmènera même faire du shopping pour te rhabiller.
Il suffit d’y mettre un peu d’effort. D’entrer dans son esprit par les oreilles — avec tendresse, amour, dévotion feinte — jusqu’à ce qu’elle y croie.

Autrefois, il fallait tout manigancer sur place : pousser la bonne porte, ramasser un mouchoir tombé, étendre une serviette sur la plage.
Et rien ne garantissait que l’on te remarque. Ou qu’on te désire.
Mais avec les réseaux, tout a changé. Tu as trouvé ta source.
Plus besoin d’être. Il suffit de paraître.

Et bientôt, elle arrivera.
Celle à qui tu offriras ton cœur, ton amour, ton attention.
Celle qui attend vos retrouvailles avec impatience, prête à fuir les chaînes dorées de la vanité pour voler avec toi comme un oiseau.
Tu l’emmèneras dans un pays beau et tranquille — un nid que tu as construit de ruses, d’efforts, d’échecs, d’astuces et de sueur.
Un endroit où l’on peut au moins se reposer après des voyages féériques et des aventures passionnantes.
Tu rempliras sa vie de soins, de joie, d’amour, de lumière.

Tu es si heureux, là, maintenant…
Tu y as presque cru, toi aussi.

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