Chapitre Treize.  Deux

Une belle journée. Chaude et ensoleillée.

Malgré l’hiver, ici c’est toujours ainsi.

La mer caresse la côte, bleu azur, sa mousse blanche éclaboussant les rochers noirs, polissant les galets gris.

Une route étroite serpente le long des falaises, vertigineuse.

Faite pour une voiture décapotable — surtout à deux.

 

Ou pas.

Une moto puissante, le grondement grave du moteur.

Le chrome étincelle sous le soleil.

Un contraste saisissant — une Harley noire et une cavalière en blanc.

 

Veste de cuir, gants, casque, lunettes sombres, jean, bottes à franges et à clous.

Avec quelle ivresse elle s’incline dans les virages !

Et sur la promenade du petit port, elle attire les regards admiratifs des rares touristes d’hiver.

 

Voici un petit café, un parking.

Un geste — la béquille, le moteur s’éteint.

Ses cheveux se libèrent du casque, ruisselant d’or au soleil.

Le motard — c’est une femme.

 

Un mouvement de tête — et les boucles se déploient sur ses épaules.

D’un pas assuré, elle entre, portant avec elle le souffle marin.

 

Elle observe les clients :

un couple amoureux,

deux amies qui rient,

un étudiant devant son ordinateur.

 

Et celui-là ?

Peau mate, cheveux noirs bouclés, regard profond, sourire éclatant.

Il est beau. Très beau.

Il profite du soleil, de la mer, du moment.

 

Charmant.

Elle lui lance un clin d’œil, passe, sentant son regard brûlant dans son dos.

 

Quelqu’un l’attend dans le coin du café.

Il se lève, tire une chaise, l’invite à s’asseoir.

Il émane de lui calme, assurance et force tranquille.

 

— Salut.

— Salut.

— Prête ?

— Toujours.

— Le tien ?

— Ça va. Il boit son café. Beau garçon. Dommage — ils n’iront pas plus loin.

— Non. Il doit être heureux, comme elle.

— Je suis d’accord. Pourtant, il est si près… encore un pas, et il recevra sa récompense.

— Et elle ? Elle souffrira, peut-être au bord de l’ombre.

— Que fera-t-on ?

 

Il montre le bar du doigt.

— Regarde. Qu’en penses-tu ?

 

Elle observe la jolie serveuse qui fait briller un verre à la lumière.

Puis sourit :

— Parfait. Un magnifique tournant dans son destin.

 

Elle se lève, marche vers le bel homme.

Se tient devant lui, mains sur les hanches, le regarde avec la détermination d’une femme prête à remettre de l’ordre.

Il reste figé.

Elle se penche :

 

— Bientôt, tout arrivera, — murmure-t-elle en caressant sa paume.

 

Il veut parler, mais aucun son ne sort.

Elle se détourne, pousse la porte.

Le vent s’engouffre, les vitres éclatent.

Les clients s’éparpillent.

 

Seule la poussière danse dehors.

L’homme reste assis, contemplant une plume blanche tombée dans sa main, fronçant les sourcils — cherchant à se souvenir.

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